Daft Punk – « Random Access Memories »

Mettez-vous à ma place. On est en 1997 et le jeune ado de 16 ans que je suis à l’époque découvre comme des millions d’autres les français Daft Punk et leur Homework maintenant légendaire. Le genre de disque qui marque au fer rouge, une rouste rare, qui pour ma part ne s’est jamais reproduite depuis avec aucun disque. 15 ans après, Daft Punk se prépare à dévoiler leur quatrième album studio (le 20 mai prochain) – Random Access Memories – suite d’un Human After All qui n’a jamais vraiment fait l’unanimité. Si à ce jour rien du tout n’a filtré à part la version radio du premier single Get Lucky, c’est avec beaucoup de chance que j’ai écouté aujourd’hui, les 13 titres qui composent RAM. Et disons-le franchement tout de suite, les Daft Punk accouchent d’un nouveau chef d’oeuvre.

Sur Homework, Daft Punk rendait hommage à quelques unes de ses références musicales sur la piste Teachers. Avec Random Access Memories, les deux robots mettent en lumière des monuments (Gorgio Moroder, Paul Williams, Todd Edwards), des artistes majeurs du moment (Julian Casablancas, Chilly Gonzales, Panda Bear, Pharell Williams), mais aussi et surtout les genres musicaux qui ont inspiré la techno : disco et funk en chef de file. Première constatation : nous avons bien à faire encore une fois à un disque-concept. Daft Punk puise dans le passé pour interroger le futur. La vague disco. La folie funk. La chanson pop. Les tubes FM. La musique classique. En chefs d’orchestre, le duo virtuose s’empare de tout ça, assemble, décompose, reconstruit et livre une oeuvre folle. Minimaliste mais aussi grandiose. Les pieds bien sur terre (pour danser) ou la tête dans les étoiles.

La chanson Give Life Back to Music ouvre le bal et ne surprend pas vraiment, se trouvant dans la veine que Get Lucky. Mais Daft Punk offre déjà avec The Game Of Love, un nouvel horizon, une traversée mélancolique d’un désert pourquoi pas californien. Pas le meilleur titre de RAM, certes, mais une chanson qui veut nous orienter vers quelque chose d’autre. Arrive le gigantesque Giorgio by Moroder. On y entend l’artiste italien parler sereinement, comme dans le documentaire The Collaborators. Une chanson née progressivement de ses mots, un modèle de mélodie disco se met alors en place. Une grande claque qui se termine dans une envolée de cordes à coller les premiers frissons de l’écoute. Within, avec Chilly Gonzales au piano, calme le jeu et installe une ambiance intimiste surprenante. Julian Casblancas s’empare du micro sur la piste 5 pour Instant Crush, gros tube FM à prévoir dans lequel en fait on peine à reconnaitre le chanteur de The Strokes. Les merveilles s’enchainent, que ce soit avec les deux Monsieur Williams, Pharrell (Lose Yourself to Dance, meilleure que Get Lucky), Paul (Touch) ou avec Todd Edwards sur Fragments of Time.

Le meilleur reste pourtant à venir. Beyond et Motherboard installent une ambiance presque pop/rock, entre Phoenix en instrumental sur leurs disques (Funky Squaredance, Love Like A Sunset Part I & II…), Royksopp et Sebastien Tellier époque l’Amour et la Violence (produite, d’ailleurs, par Guy-Manuel de Homem-Christo) mais préparent surtout le terrain avant Doin’ It Right. Le petit bijou du disque, puissant, dévastateur même, tire le meilleur de la voix de Panda Bear sur un beat profond et une boucle à hurler de bonheur. Final parfait, Contact apporte sur un plateau le Daft Punk des débuts version survitaminée, grand happy end hollywoodien, saturé, bourrin, relans de Rollin’ & Scratchin’ et batterie déchainée à couper le souffle.

Préparez-vous à accueillir Random Access Memories. Un grand disque qui vous suivra certainement durant 15 ans comme Homework nous avait collé aux basques. L’album qui tournera en boucle cet été. Le reste de l’année aussi. Et certainement les années suivantes.

par Yoann le