Deerhunter – Monomania

Deerhunter-MonomaniaPlus de dix ans de carrière, six albums, des projets solos réussis (Bradford Cox, leader et tête pensante du groupe, avec Atlas Sound, et Lockett Pundt, guitariste du groupe, avec Lotus Plaza) et revoilà la bande d’Atlanta avec un nouvel album intitulé Monomania.

La première écoute de ce Monomania a de quoi surprendre. Loin de compositions recherchées voire expérimentales des opus précédents tendant vers une forme d’ambient punk, le groupe prend le contre-pied de nos attentes ; propose des mélodies plus simples, un son sale, une voix distordue, saturée et signe un retour sauvage.
« Only bored as I get older » chantait Bradford Cox sur l’impressionnante conclusion du très bon Halcyon Digest sorti en 2010. Monomania semble être la réponse à cette peur de la routine et de l’ennui. La solution : se renouveler en adoptant une nouvelle orientation, s’éloigner d’un chemin déjà tracé et donc sans surprise. Ainsi se dévoile un style propice à la performance. On pense notamment à la prestation live du groupe dans l’émission de Jimmy Fallon, où Cox a interprété le premier single de l’album, Monomania, affublé d’une perruque, deux doigts bandés, faussement ensanglantés (Selon une interview de Pitchfork, on lui avait interdit d’être accompagné d’un rat).
Il faut également avoir à l’esprit que Cox a commencé à travailler sur cet album comme s’il s’agissait d’un projet solo, au moment de la sortie en 2011 de son Parallax avec Atlas Sound. Il opte pour un travail ouvertement personnel, et apporte une distinction concrète entre Atlas Sound et Deerhunter. Dans les paroles, on retrouve tout le mal-être de Cox, et son projet de chanter pour les gens comme lui : « I’d been looking for some harmonies, some words to sing that could really bring the lonely-hearted some company, all the people that were just like me » chante-il sur Sleepwalking.

Monomania marque le retour à la simplicité des mélodies plutôt qu’une expérimentation parfois poussée à l’extrême. Le choix peut dérouter pour un groupe déjà au panthéon de l’indie rock américain et capable de tout, mais Deerhunter revient bel et bien vers un son plus originel. Un choix finalement censé et cohérent. Deerhunter rend hommage au son rock des références de Cox, explorant toujours ses thèmes de prédilection. Monomania se révèle excellent, chargé d’émotions et maîtrisé, entre garage énervés et douceurs. Moment fort de l’album : la chanson The Missing signée par Lockett Pundt. Deerhunter semble vouloir nous dire que la simplicité peut être parfois la meilleure des innovations.

Deerhunter – Monomania : 4/5

Monomania, en écoute intégrale sur StreamR

par Yoann le